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Des poèmes, beaucoup, des chansons, pas trop, des textes, encore moins, mais tout cela écrit de ma main...

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Le bal des muses

Un texte un peu plus long que d'habitude... illustré par une toile de Degas

 

Ce soir en la clairière cernée par ma folie
s’organise un grand bal, où sont conviées mes muses :
elle qui savent faire phrases de ma mélancolie
et traduisent mes émois en tirades profuses…

Cartons d’invitations sans aucune signature.
Qui organise le bal ? Cela reste un mystère
n’inquiétant pas les muses, aux envies d’aventures !
Si l’une sait le secret, elle a bien su le taire…

Pour l’ouverture du bal, une musique nostalgique
Tout de suite, sur la piste, vient ma muse chagrine
ne pouvant résister au violoncelle tragique,
virevoltant dans le cercle, comme une ballerine.
Un visage aux traits fins, toujours la larme à l’œil ;
par ses amples mouvements, elle crie sa solitude !
De ses amours passés, n’a gardé que le deuil :
la tristesse maintenant est pour elle habitude.

Puis le rythme s’anime… ma muse mélomane
étudie le tempo, du doigt marque la mesure ;
subtilisant des notes, telle une cleptomane
qu’elle organisera en une nouvelle mouture…
Puis au gré de la vie, longtemps après la fête,
au détour d’une phrase, si convient la cadence,
glissera à mon oreille l’harmonie qui entête
en souvenir lointain de cette soirée de danse…
Pour conjurer de moi l’obsédante mélodie
d’un fin drap de paroles, je dois la recouvrir :
Même si j’oublie parfois un peu la prosodie,
dans ce lit musical, une chanson va mûrir…

Ensemble, toutes mes muses maintenant sur la piste
participent au bal, espérant bien savoir
qui donc les a conviées, et d’où provient sa liste ?
Etre muse est secret, activité du noir…

Passant de l’une à l’autre, c’est ma muse libertine.
Pour chacune une caresse : la joue, le bras, le sein…
notant les réactions de ses œuvres coquines :
qui rougit, qui frémit… ici rien de malsain.
Accumulant ainsi toutes ces petites choses
que je n’ose pas voir quand je côtoie des femmes
me ressort ces détails au cours de mes nuits roses
où mes rêves s’embrasent, plus chauds que toutes flammes…
Et au petit matin, quand je rouvre les yeux,
naissent d’ardentes phrases de tous ces doux délices…
Me garde les plus osées dans un cocon soyeux,
Et les autres vous livre, dévoilant quelques vices…

Regardant vers demain va ma muse d’espérance…
Quel avenir se tisse au fond de ses yeux verts ?
Que va-t-elle me montrer, pour me prouver ma chance ?
Avec elle je n’ai crainte d’affronter les hivers.
Sur la piste de danse, tous ses pas vers l’avant !
L’avenir est en face, alors pourquoi le fuir ?
Rajuster les couleurs, pour le rendre attirant ;
d’une nouvelle lumière, l’espoir fera reluire…
Des gouaches de mes phrases, diminuera le gris,
en glissant à la place des nuances bien plus chaudes ;
lissera l’écriture, gommant les traits aigris.
Des avenirs plus doux avec elle j’échafaude…

Ma muse récréative proposa une ronde :
« Tournons main dans la main, au rythme de la musique :
au centre de ce cercle, on recréera un monde.
Chacune mettra du sien : par une formule magique,
la muse féerique nous fera apparaître
celui qui, cette soirée, nous convia à la danse.
Espérons que ce sort nous le fera connaître,
sans quoi, la déception de toutes serait immense… »

Le cercle de mes muses commence à tournoyer…
Au milieu, peu à peu, s’accumulent des détails :
une larme, un fou rire, une lettre envoyée,
la courbe d’une jambe, des cheveux en batailles…
Toutes ces petites choses qui parsèment nos vies,
que, consciencieusement, mes muses récupèrent,
mélangent et organisent, pour un jour, à l’envie,
me les représenter sous une autre lumière.

La ronde s’accélère, poursuivant la musique :
au centre de ce cercle, une nébulosité.
Commence la psalmodie de la muse féerique,
velouté de sa voix, douce virtuosité…
Le nuage s’épaissit, l’allure se précipite !
Et cette voix qui tourne en ses incantations…
La brume a l’air de battre, comme un cœur qui palpite.
Toutes sentent qu’approche enfin l’heure de révélation…
La vie prend peu à peu possession du nuage :
des formes se dessinent, nébuleux érotisme,
un corps semble émerger de ce vibrant mirage
alors que la musique atteint son paroxysme…

La folle ronde se resserre : se tenant par la taille,
les muses se rapprochent, toujours en rotation !
La muse féerique continue la bataille,
attaquant l’ultime stance de son incantation…
Alors le sortilège, dans une nuée d’éclairs,
attire toutes les muses au centre de la ronde
pour les agglomérer, magie corpusculaire,
à la forme naissante : thaumaturgie féconde…
La musique se calme : un doux chant de réveil
s’élève maintenant au cœur de la clairière.

Les muses ont disparu ; plus que toi qui sommeille,
dévêtue, alanguie, sur un lit de bruyères…
Craignant que tu n’ais froid, j’arriverai alors,
dans cette place magique, sortant de ma folie,
pour venir recouvrir d’un drap multicolore
la blancheur de ton corps, au sein de son grand lit.
Quittant cette torpeur, tu ouvres enfin les yeux.
Sans poser de question, te blottis contre moi.
Un flot de sentiments, sages, coquins, merveilleux,
me submergea soudain, attisant mes émois…

Mais il faut une morale pour finir cette fable :
En toi je trouve tout : joie, tristesse, féerie,
des moyens d’exprimer toutes ces choses ineffables…
Je n’ai qu’une seule muse : c’est toi mon égérie !

 

 

 

©copyright JMA
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