| Ce soir en la clairière cernée par ma folie sorganise un grand bal, où sont conviées mes muses : elle qui savent faire phrases de ma mélancolie et traduisent mes émois en tirades profuses
Cartons dinvitations sans aucune signature. Qui organise le bal ? Cela reste un mystère ninquiétant pas les muses, aux envies daventures ! Si lune sait le secret, elle a bien su le taire
Pour louverture du bal, une musique nostalgique Tout de suite, sur la piste, vient ma muse chagrine ne pouvant résister au violoncelle tragique, virevoltant dans le cercle, comme une ballerine. Un visage aux traits fins, toujours la larme à lil ; par ses amples mouvements, elle crie sa solitude ! De ses amours passés, na gardé que le deuil : la tristesse maintenant est pour elle habitude. Puis le rythme sanime
ma muse mélomane étudie le tempo, du doigt marque la mesure ; subtilisant des notes, telle une cleptomane quelle organisera en une nouvelle mouture
Puis au gré de la vie, longtemps après la fête, au détour dune phrase, si convient la cadence, glissera à mon oreille lharmonie qui entête en souvenir lointain de cette soirée de danse
Pour conjurer de moi lobsédante mélodie dun fin drap de paroles, je dois la recouvrir : Même si joublie parfois un peu la prosodie, dans ce lit musical, une chanson va mûrir
Ensemble, toutes mes muses maintenant sur la piste participent au bal, espérant bien savoir qui donc les a conviées, et doù provient sa liste ? Etre muse est secret, activité du noir
Passant de lune à lautre, cest ma muse libertine. Pour chacune une caresse : la joue, le bras, le sein
notant les réactions de ses uvres coquines : qui rougit, qui frémit
ici rien de malsain. Accumulant ainsi toutes ces petites choses que je nose pas voir quand je côtoie des femmes me ressort ces détails au cours de mes nuits roses où mes rêves sembrasent, plus chauds que toutes flammes
Et au petit matin, quand je rouvre les yeux, naissent dardentes phrases de tous ces doux délices
Me garde les plus osées dans un cocon soyeux, Et les autres vous livre, dévoilant quelques vices
Regardant vers demain va ma muse despérance
Quel avenir se tisse au fond de ses yeux verts ? Que va-t-elle me montrer, pour me prouver ma chance ? Avec elle je nai crainte daffronter les hivers. Sur la piste de danse, tous ses pas vers lavant ! Lavenir est en face, alors pourquoi le fuir ? Rajuster les couleurs, pour le rendre attirant ; dune nouvelle lumière, lespoir fera reluire
Des gouaches de mes phrases, diminuera le gris, en glissant à la place des nuances bien plus chaudes ; lissera lécriture, gommant les traits aigris. Des avenirs plus doux avec elle jéchafaude
Ma muse récréative proposa une ronde : « Tournons main dans la main, au rythme de la musique : au centre de ce cercle, on recréera un monde. Chacune mettra du sien : par une formule magique, la muse féerique nous fera apparaître celui qui, cette soirée, nous convia à la danse. Espérons que ce sort nous le fera connaître, sans quoi, la déception de toutes serait immense
» Le cercle de mes muses commence à tournoyer
Au milieu, peu à peu, saccumulent des détails : une larme, un fou rire, une lettre envoyée, la courbe dune jambe, des cheveux en batailles
Toutes ces petites choses qui parsèment nos vies, que, consciencieusement, mes muses récupèrent, mélangent et organisent, pour un jour, à lenvie, me les représenter sous une autre lumière. La ronde saccélère, poursuivant la musique : au centre de ce cercle, une nébulosité. Commence la psalmodie de la muse féerique, velouté de sa voix, douce virtuosité
Le nuage sépaissit, lallure se précipite ! Et cette voix qui tourne en ses incantations
La brume a lair de battre, comme un cur qui palpite. Toutes sentent quapproche enfin lheure de révélation
La vie prend peu à peu possession du nuage : des formes se dessinent, nébuleux érotisme, un corps semble émerger de ce vibrant mirage alors que la musique atteint son paroxysme
La folle ronde se resserre : se tenant par la taille, les muses se rapprochent, toujours en rotation ! La muse féerique continue la bataille, attaquant lultime stance de son incantation
Alors le sortilège, dans une nuée déclairs, attire toutes les muses au centre de la ronde pour les agglomérer, magie corpusculaire, à la forme naissante : thaumaturgie féconde
La musique se calme : un doux chant de réveil sélève maintenant au cur de la clairière. Les muses ont disparu ; plus que toi qui sommeille, dévêtue, alanguie, sur un lit de bruyères
Craignant que tu nais froid, jarriverai alors, dans cette place magique, sortant de ma folie, pour venir recouvrir dun drap multicolore la blancheur de ton corps, au sein de son grand lit. Quittant cette torpeur, tu ouvres enfin les yeux. Sans poser de question, te blottis contre moi. Un flot de sentiments, sages, coquins, merveilleux, me submergea soudain, attisant mes émois
Mais il faut une morale pour finir cette fable : En toi je trouve tout : joie, tristesse, féerie, des moyens dexprimer toutes ces choses ineffables
Je nai quune seule muse : cest toi mon égérie ! |