L'heure du repas enfin approche :
en direction de la cuisine
à grands pas, je frotte ma brioche
tout en me léchant les babines.
Que vais-je donc me préparer
pour assouvir mon appétit ?
Tous mes placards sont bien parés :
toujours peur de prévoir petit...
Dans mon frigo, des plats tout prêts
juste à chauffer, la faim me presse.
Je penserai grande cuisine après
et je succombe à la paresse.
Juste entrouvrir cet opercule.
De plus, c'est « Ouverture facile ».
Je pince le bord de la capsule
entre deux doigts fermes et virils.
Mais le couvercle me résiste :
j'ai beau serrer, le plastique glisse.
Je suis tenace, alors j'insiste
et je découvre un nouveau vice...
Un bout de plastique dans les doigts,
le récipient toujours bien clos.
« Ouverture facile », cela doit
être l'exception de ce lot.
Las, aux grands maux les grands remèdes,
j'achève le couvercle à la lame
et enfourne ce plat qui m'obsède
au micro-onde, sans une larme !
Pendant que se réchauffe mon plat
me prend une vive envie de thon
que j'apaiserai, sans pugilat
une simple boîte pour avortons
avec anneau qu'il me suffit
de tirer pour que le tout s'ouvre.
Mais encore, c'est un vrai défit :
deux ongles et rien ne se découvre...
Alors ressort mon bon couteau
qui glisse aisément sous l'anneau
mais j'ai crié victoire trop tot :
car l'anneau casse... je reste penaud :
Il faut donc que je parte quérir
mon ouvre-boîte, un peu rouillé
qui j'espère, va pouvoir guérir
mon envie sans trop me souiller...
La boîte résiste fort à l'outil
crachotant moult gouttelettes grasses
m'ôtant l'envie d'être gentil
et de lui accorder la grâce...
Le micro-onde enfin m'appelle :
concédant au thon un répit,
je vais sortir la fine gamelle
qui va combler mon appétit.
Il faut maintenant que je l'ouvre :
je glisse un doigt dans l'étroite fente
et c'est alors que je découvre
qu'elle regorge de vapeurs brûlantes !
Mon plat va s'écraser au sol,
se répandant sur mon carrelage
pendant qu'une eau froide me console
mais je ne pleure pas, j'ai passé l'âge...
Une fois la douleur dissipée,
je me rabat sur autre chose :
dans un emballage tout fripé
c'est du « sous-vide » qui tient la pose.
Là encore: « Ouverture facile »,
enfin, c'est ce qu'ils ont écrit :
il suffit de tirer le fil,
pas besoin de pousser de cri.
Je tourne l'objet dans tous les sens :
où donc se trouve le fil promis ?
N'auraient-ils pas eu l'indécence
dans ce lot de l'avoir omis ?
Alors mon couteau je ressors
lorsque soudain, je l'aperçois :
mais il est monté sur ressorts
et s'échappe toujours de mes doigts/
Maintenant plus qu'un peu excédé
j'éventre sauvagement le paquet
peu honteux d'avoir tôt cédé,
ne méritant pas le piquet...
Et le sachet, alors si ferme,
se ramollit, de mes doigts glisse,
pour vider tout ce qu'il renferme
généreusement là, sur mes cuisses...
...
Allo Pizza arrive enfin :
dans ses mains, une boîte en carton.
Vais-je pouvoir calmer ma faim ?
Rien n'est ouvert, pas même le thon...
Il pose sa boîte sur ma table
et très gentillement, il me l'ouvre
peiné par mon air misérable
et le souk qu'ici il découvre...
Je hais les « Ouvertures faciles »
qu' effrontément ces plats affichent
et qui font vous sentir débile
prêt à sortir le pied-de-biche...
Pourquoi donner de faux espoirs
à ceux qu'une grande faim tenaille
et qui se retrouvent, tels des poires
sans même que la boîte s'entrebâille...